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Vytautas Bucionis: écrire la musique sans la lire

À l’occasion de la Journée internationale des personnes handicapées, rencontre avec un étudiant aveugle candidat à la maîtrise en composition à la Faculté de musique et son directeur d’études.

 

Étudiant à la maîtrise en composition, Vytautas Bucionis n’est pas aveugle de naissance. C’est plutôt une tumeur maligne de la rétine détectée à l’âge de deux ans qui l’a privé de sa vision. Craignant que sa cécité ne l’isole au sein du système scolaire, ses parents ont décidé de quitter leur Lituanie natale en 1993 pour s’installer au Québec, dans l’espoir que leur fils ait un parcours scolaire le plus normal possible.

En dépit de son handicap visuel, la musique s’installe très tôt dans la vie du jeune homme. «On me dit que je jouais du piano à l’âge de trois ans. Je me souviens que faire de la musique, c’était comme créer des paysages en sons. Je trouvais ça magique. À huit ans, lorsque j’ai compris la signification du mot “compositeur”, j’ai su ce que je voulais être dans la vie.»

Ses parents avaient vu juste: Vytautas Bucionis a pu suivre un parcours scolaire normal au Québec. Il ira même jusqu’à obtenir les meilleures notes à ses examens de piano du conservatoire et à figurer sur les listes d’honneur de son école secondaire. «Au moment de ma naissance, la Lituanie sortait du régime soviétique où toute différence était source d’isolement. La mentalité envers les aveugles était quelque peu rétrograde, nous étions perçus comme étant plus faibles sur le plan intellectuel.»

Accommodements raisonnables et nécessaires

S’il a pu fréquenter les écoles ordinaires, les accommodements demeurent néanmoins essentiels à sa réussite. «L’une des raisons pour lesquelles j’ai choisi l’Université de Montréal, c’est justement la façon dont on accommode les étudiants aveugles. Dès mon audition pour le baccalauréat en composition, on me proposait des solutions concrètes. Les directeurs de programme, les professeurs, le personnel du Bureau des étudiants en situation de handicap [BESH], tous ont fait preuve d’une grande ouverture. Je sentais également qu’en cas de problème dans un cours je ne serais pas laissé à moi-même.»

Son directeur à la maîtrise, le professeur François-Hugues Leclair, renchérit. «Sans l’aide du BESH, nous n’aurions pas pu nous rendre jusque-là. De manière concrète, lorsque Vytautas doit analyser des œuvres pour orchestre, le BESH lui fournit les outils pour transcrire la partition dans le logiciel Sibelius. La technologie aide beaucoup, évidemment, mais il faut tout de même des ressources humaines pour faire cette transcription.»

« Ce n’est que récemment que le terme “aveugle” est devenu péjoratif. Je n’ai pour ma part aucune gêne à employer ce mot. Je trouve d’ailleurs que c’est plutôt lâche de ne pas se servir de mots qui ne comportent aucune connotation négative! »

- Vytautas Bucionis

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